"Tu sais un homme, ce n'est pas nécessaire. Moi-même qui me marie bientôt, je le fais surtout pour sortir de chez mes parents tu sais!"
Sur le coup, je n'ai pas su comment interpréter cette tirade. Essayait-elle de faire de l'humour, de minimiser la pression, de me consoler d'une récente rupture?
A l'entendre, ma liberté et mon indépendance étant déjà garanties, je n'avais plus aucune raison de m'inquiéter ou de me poser des questions. J'optais alors pour la "tentative de consolation" comme explication logique à ses paroles. Jusqu'au jour où, tout récemment, je me rendis compte que c'était un véritable phénomène social qui se manifestait devant moi, une tendance de plus en plus forte, de plus en plus fréquente.
Ce n'était pas un cas isolé. Au fil des jours, une, deux, trois histoires se sont succédées à mes oreilles. Entre la grande histoire d'amour de plusieurs années tombant à l'eau pour une raison des plus banales, le mariage surprise qui a tourné au cauchemar, l'histoire de la fille naïve qui s'est transformée en prédateur après une union quasi imposée ... étais-je sous le choc? Je ne suis pas sure que la surprise soit si grande au fond. C'est plutôt une consternation en observant les restes de ce qui fût, aux yeux de beaucoup, tour à tour une réussite, une jolie histoire, un mini scandale romantique très critiqué ... pour s'avérer être tout simplement un arrangement pragmatique dont le but ultime (mais pas le seul) tenait en un mot: la libération.
Oui il existe une femme tunisienne qui se marie peut être par amour ou pour l'argent, pour la famille ou pour la société, pour faire plaisir ou pour se révolter ... peu importe, tout ceci n'est qu'une version de l'histoire, en partie vraie probablement. Mais une raison beaucoup plus forte, plus puissante, plus solide anime cette femme: se libérer. S'il le faut au prix d'un mariage condamné, d'un divorce, d'un enfant déchiré entre ses parents. Sortir de la maison paternelle, ne plus dépendre de sa famille, pouvoir vivre seule, prendre des décisions par elle-même, être en marge de la société et du coup s'en libérer pour de bon ... si le mari n'est pas très encombrant, il peut rester ... peut être peut-il s'avérer agréable de vivre avec lui. Mais si ce n'est pas le cas, tant pis, peu importe, ce n'est pas l'essentiel.
"Sérieux, même si ça ne marche pas et qu'on divorce, ce n'est pas grave. Je me serais cassée d'ici".
La femme tunisienne serait-elle devenue cynique? Qui blâmer au final? Cette femme prête à tout pour se défaire d'un lien familial dont le poids ne s'efface que par l'union avec l'étranger, même pour un temps? Ses parents qui l'ont gardée jalousement dans le cocon familial, avec un droit de vie ou de mort sur chacune de ses aspirations et chacun de ses rêves? La société qui s'occupe soigneusement d'inventorier ses gestes, les étapes et les objectifs suprêmes atteints ou non et de porter un jugement impartial et implacable sur sa vie? L'homme tunisien qui la choisit sans trop savoir ou sans trop comprendre ou sans trop se soucier de ce qu'elle veut et de ce dont elle a besoin?
Serait-ce tout simplement une énième manifestation de la contradiction éternelle entre une tradition préservée pour le bien de tous, et de nouvelles aspirations sur lesquelles aucune analyse ne s'attarde? La compatibilité entre ses racines et ses désirs est-elle à ce point condamnée?
Derrière la robe de mariée, d'une blancheur éclatante, derrière le regard de cette jeune femme, brillant d'espoir, je détecte aujourd'hui un fond d'amertume. Oui cette femme aussi veut être heureuse avec l'homme qu'elle a choisi. Oui elle cette femme a aimé, a rêvé, a eu ce sourire béat devant son homme. Mais si ça ne marche pas, tant pis, elle aura essayé ... et elle sera libre.
Doux-ciné: Away we go
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Away we go de Sam Mendes avec John Krasinski, Maya Rudolph, Maggie
Gyllenhaal
Il est intéressant de voir le dernier Mendes quand on a vu le précédent.
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