Saturday, April 04, 2009

"Nous resterons sur terre" ... non pitié cassez-vous!!


J'ai longtemps hésité pour savoir si je devais publier ce post ici ou plutôt sur mon blog ciné. Je devais initialement faire une critique du film, et je me suis rendue compte que c'était plus que ça, d'où mon choix final...

Tout a commencé il y a quelques jours quand j'ai reçu un email m'invitant en tant que "cher blogueur" à une projection en avant première d'un film "important", sur l'environnement, soutenu, tenez-vous bien, par l'Unesco!

Il s'agissait de "Nous resterons sur terre", et la projection devait avoir lieu, justement, dans les locaux de cette prestigieuse organisation.

Alors dans une tentative de me forcer à sortir plus souvent après une triste période d'hibernation qui n'a que trop duré, je me suis dit "tiens, je vais trainer Moon's Girl avec moi, et nous allons débarqué à l'Unesco, ça nous fera un aventure, et il y a un film à la clé.

Nous sommes donc arrivées hier soir, après une dure semaine de boulot, encore cassées par le concert de mercredi, au 127 avenue de Suffren, pour trouver, ENCORE, une longue file d'attente.

Sauf que contrairement au sympathique attroupement de métalleux débarqués des quatres coins de la France que nous avons côtoyé deux jours plus tôt, les énergumènes qui étaient là me ramenèrent vers d'étranges souvenirs. Je me suis vue il y a quelques années, à une de ces nombreuses soirées de l'octobre musical à l'acropolium de Carthage, entourée de pseudo intellos guindés poussant des Ohh et des Ahh devant un violoniste ou un musicien de jazz afin de montrer à la terre entière à quel point ils étaient distingués et combien ils avaient bon goût. Cela commença par m'amuser, et profitant de notre langue complètement étrangère aux oreilles de la foule, nous avons bien rigolé en descendant allègrement les dames aux robes fleuries (assorties au sujet du film!) et les costards au pantalon trop court des grands blonds.

Nous sommes donc entrées dans l'illustre bâtiment pour nous installer parmi ces figurines en précieuse porcelaine, et nous avons attendu le début des festivités. Et voilà que sous les applaudissements du public, deux grands hommes dont un ministre, sont venus nous divertir avec leurs discours convenus et ennuyeux, louant l'Unesco, le film, la glorieuse cause du développement durable, et se congratulant eux mêmes ainsi que l'assistance d'être là! Cela aurait dû nous mettre la puce à l'oreille, mais nous tentions de ne pas sombrer dans un profond sommeil et n'avions pas la force de fuir...

J'étais en attente de ce qui allait se produire sur l'écran. Je m'attendais à être emportée par les images fortes, les vérités édifiantes, et les propos sages d'une poignée de grands hommes et femme dont j'allais boire les paroles. Puis le film commença.

Comment vous expliquer mon irritation, mon ennui, ma déception? Ce film, loin de faire prendre conscience de quoique ce soit oscille entre l'effet somnifère, la recherche désespérée d'une philosophie derrière des banalités, des clichés, des images froides, des accélérations, des oppositions entre le rythme des civilisations et celui de la nature (quoi de plus rabâché?), des effets grandiloquents, des ralentis et de la succession de musiques et de silence. Tout ceci ponctué ça et là de quelques paroles indignes de ceux qui les ont prononcées, et certainement recueillies à l'occasion de mini interviews d'un quart d'heure chacun où ces personnalités devaient résumer en trois phrases leur vision pertinente.

Cela se voulait "précieux", intello, philosophique, spirituel, humain. Cela voulait émouvoir, faire réfléchir. Pourtant, je n'en ai tiré qu'une profonde impression de mépris prétentieux.

Au bout d'une heure et demi de recherche du temps perdu, les applaudissements chaleureux de cette même foule de précieuses figurines accompagnèrent tout le générique de fin. A tel point que nous nous sommes regardées, abasourdies, en nous demandant si l'assistance avait eu accès à des substances illicites durant la projection.

Et le pire nous attendait encore. Car les deux "grands" réalisateurs montèrent sur scène avec une dame dont je n'ai pas retenu la fonction, et dans une orgie de tutoiements et de tendres félicitations (car nous étions entre gens bien) s'étalèrent sur "l'oeuvre"!!

Notre exaspération a atteint un sommet quand la dame en question, s'adressant à tout le monde - ou peut être à elle-même - s'exclama "ENFIN! un film HUMANISTE sur l'environnement!!!"

J'avoue avoir eu une légère nausée. Qu'est-ce que c'est que cette mascarade? Quel culot et quel prétention?? Quel ramassis de clichés! et surtout quel mépris?!!!

Alors ces deux énergumènes, en créant un clip sans goût ni fond sur la verdure, l'abattage de poulets et le rythme effréné de la civilisation moderne, ont façonné un chef d'oeuvre humaniste sur l'environnement???

Et les autres alors? trop méconnus? pas assez médiatisés? pas suffisamment "distingués"? Pas soutenus par l'Unesco?

Moi quand j'ai envie de voir les beautés menacées de la terre, et les effets pervers de l'action humaine sur l'environnement, je préfère me tourner par exemple vers Yann Arthus-Bertrand (dont j'attends "Home" avec impatience), et je n'ai pas à en avoir honte. Là je suis vraiment bouleversée, là je réfléchis vraiment, là je tente de modifier mes habitudes, je prends conscience des dangers, et je m'émeus devant la nature!!

Dans un mélange de dégoût et de profonde déception devant cette foule et cet organisme qui jadis me fascinait par sa noble mission et ses valeurs, je me suis tournée vers mon accompagnatrice, et dans un même mouvement brusque, nous nous sommes levées et nous avons couru vers la sortie.

Alors c'était ça? l'Unesco promouvant le développement durable en diffusant des oeuvres "importantes" ... c'était ça?

Quelle déception! Quand je pense qu'à une époque mon rêve était de travailler un jour pour cette organisation qui devait me permettre de donner un sens à ce que je faisais, d'être fidèle à mes convictions et de contribuer, ne serait-ce qu'un tout petit peu, à changer le monde avec les seuls armes auxquelles je crois: la culture et l'éducation!! Je me suis trouvée ainsi, portée par mes espérances, assistant à une mascarade digne d'une campagne électorale tunisienne ... je vous laisse imaginer la ferveur des applaudissements, et la profondeur du discours ....

Que pourrais-je dire d'autre à part ... Dommage!

2 comments:

Big Trap Boy said...

J'ai adoré ce post, celà m'a permis de partager ta deception comme si j'y étais.

Pauvre planéte!

Anonymous said...

Salut,
Alors apres ce commentaire bien acide, qu'en est-il de ta critique ou de ton éloge du film Home? tu n'as posté aucune critique sur ce film financé par un groupe de luxe et prônant le "capitalisme vert", et dont les bénéfices ont été reversé à l'assos de YAB ? Te parait-il si pur et moins arrogant que ca ?

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